Par Slimane Lourabi

Dessin réalisé par Christoph Haase, intitulé “L’amour”.
Vous pouvez retrouver l’ensemble des œuvres de l’artiste sur son compte instagram “haasarts”.

Trésor perdu de nos jeunesses
Temps passés à s’imaginer heureux
Pas le droit d’être peureux
Faire partie d’une irrationnelle liesse
Agir, Agir, sans cela nous sommes rayés
D’une liste que chacun tient en son sein
Rien, rien, rien n’est possible, rien
Il est toujours là pour nous arrêter


Chercher ses mots au point de ne dire rien
Se troubler de son mutisme criant
Blafard, hésitant, n’en avoir souvent aucun
Affronter la possibilité du néant

* * *

Ces mots disparaîtront
S’envolera ton nom
Dans le vent violent
De l’oubli du temps
Heureux qui se finit
Maintenant, et à jamais
Ainsi va la vie
Tout est terminé, désormais

L’éclat de la voix qui s’en va
Le souvenir qui emplit les moments
Du vide causé par ton silence
L’espace d’un moment, tu étais bien là
Et même si les souvenirs nécessairement
Disparaîtront, l’image de ma chance
Elle restera

Ton nom, à jamais sacré dans la nuit
De mes jours frustrés par l’ennui cuisant
La vie sans toi n’a plus rien de riant
La simplicité de ces mots transperce le bruit
Sans importance d’une existence arrachée
Par le bras glacé de la violente mocheté

Je ne te connais pas, mais personne
Non, personne, ne t’a jamais mieux comprise
Entendue, vue, vécue, au milieu de la vaine
Routine ennuyante de la triste monotonie
Tu essaies de t’en extraire, mais le prix
Tu le connais, je me tais, tu es prise

Ces mots viennent achever tout espoir
J’en ai conscience, je suis sûrement
Fou, à en perdre la raison, je crierai
Ces derniers mots, à la vie, à la mort
Tu n’y pourras rien, je tombe lentement
Dans les pièges mortels de l’indicible cruauté

* * *

Là où les cœurs se consument sans voir
La beauté qui sommeille en eux, enfouie
Par les nids de tristesse toujours dérisoires
Qui peuplent l’ensemble des âmes meurtries

Pourtant, il n’a fallu que d’une seule vision
Enchanteresse, miraculeuse, vraiment, pour illuminer
La vieille monotonie, qui, alors, sans dérision
S’évapora dans une nuée de douce fumée

Que nous avions fumée afin de mieux contempler
Le prodige de la création, s’incarnant en toi,
Lorsque tes yeux, grands ouverts, dominent les
Hommes, abasourdis devant l’étendue de la joie

Devant le sourire de tes lèvres, s’entrouvrant
Laisser place à la galaxie de ton antre suave
Embrassant le voyageur de la nuit, tué par le chant
De ta voix qui arrache à tout animal son côté sauvage

Désormais, il semble que tu n’existes plus
Que, hélas, je ne te reverrai plus
Que tu n’es plus qu’un fantôme
Me touchant par la paume

* * *

Brève ombre qui fait face au silence
Elle observe quelque apparition fugace
Qui s’évapore, svelte errance
Tu défiles toujours sans laisser de trace

Qui donc aimer, là où rien
N’est certain, qui s’en va au loin
L’image trompeuse qui retient
Le zéphyr rêvé remplace le chagrin

C’est une marche sans direction
Idée vague qui diffuse l’enchantement
Nécessaire à ta vérité, observons

Cette histoire sans trame, en riant
Tu es l’amour impossible, nulle part
Tous te cherchent, à chaque pas
Tenter de saisir cet élan rare
Faible

* * *

Soirée verte, sous le signe doux
De la dégustation, et de la découverte
Tu étais là, à côté, tu semblais prête
À accueillir le long baiser du loup

Sous les mots de Dieu et d’église
Tes yeux dominaient tout, la conversation
Les regards se croisaient, constellation
Du vert de tes pupilles, qu’on te dise

Combien ton visage mérite d’être saisi
Par l’amour fou d’un homme perdu
Que tes mains couvriraient doucement
Au point où l’on dirait, aisément, maman

Non, cela ne se peut, comment cela
A-t-il pu avoir lieu, au milieu de
La nuit, tout est fini, je vois déjà
Le souvenir chéri, trop tard, tes cheveux

Je ne les verrai plus, en dehors des rêves
Que je fais, les yeux entrouverts, cœur
Battant, déjà essoufflé par l’absence dure

Ancré dans un passé déjà terminé
Qui, maintenant, chanté, exhumé

Vivant, je l’étais, oui, et pour
Cette expérience unique, je te dis
Merci, ô toi, femme, qui fuit
Dans les décombres de la nuit

* * *

Dernier mot

Bienveillance, pourquoi ? Continue
Mortel à poursuivre ta voie
Demain, le jour ne sera plus
La nuit vous tous vous engloutira

Plongés dans le sommeil de la
Mort, vous verrez enfin le
Mystère des justes, oui, ceux
Que vous avez ignorés, ici-bas

Pourquoi ? Voilà la question qui
Vous sera posée à tous, les
Plus heureux seront ici arrêtés
Sans savoir comment la lie

Déployée de leurs abominations
Crimes enjolivés de leurs passions
Dieu siégera, vous ne le verrez
Pas, mais Lui, vous regardera, à jamais

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